“Lu pour vous” du mois de mai

 

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A Randomized Trial of an Intensive Physical Therapy Program for patients with acute respiratory Failure

La détresse respiratoire aiguë est l’un des principaux motifs d’admission en réanimation. L’amélioration de la qualité des soins a permis de diminuer considérablement la mortalité des patients à la phase aiguë, et près de 80% d’entre eux survivent à leur hospitalisation. Il est donc aujourd’hui cliniquement pertinent de s’intéresser au devenir à long terme de ces patients et d’encourager les stratégies visant à améliorer leur pronostic fonctionnel, au premier rang desquelles, la réhabilitation respiratoire. La réhabilitation précoce, initiée dès la phase aiguë, est susceptible d’améliorer le pronostic des patients, mais la durée et la fréquence optimales des séances restent inconnues.

 

Dans cette étude, Moss et collaborateurs ont émis l’hypothèse qu’une kinésithérapie précoce intensive pourrait améliorer les capacités fonctionnelles des patients, évaluées à distance d’un épisode de détresse respiratoire aiguë, comparativement à une posologie « de routine ».

 

Un essai contrôlé randomisé multicentrique a été mené auprès de patients hospitalisés en réanimation et nécessitant de la ventilation mécanique durant au moins 5 jours. Les patients étaient randomisés en deux groupes : un groupe kinésithérapie intensive, et un groupe kinésithérapie “de routine“, durant 4 semaines, et étaient suivis pour évaluation pendant 6 mois.

Dans le groupe “kinésithérapie intensive“, les patients recevaient des soins 7 jours sur 7 durant leur hospitalisation, et à domicile ou en centre de rééducation 3 fois par semaine s’ils sortaient de l’hôpital avant la fin des 4 semaines de soins prévues par le protocole. La durée des séances en réanimation était de 30 minutes, et 1 heure à la sortie de réanimation. Les séances incluaient des exercices de ventilation dirigée, renforcement des muscles inspiratoires, du renforcement musculaire analytique des membres et du tronc, et du travail plus global (transferts, équilibre, marche…).

Dans le groupe “kinésithérapie de routine“, les patients bénéficiaient de séances d’une vingtaine de minutes, 3 jours par semaine, au cours desquelles ils recevaient des soins plus généraux (aide aux transferts, déambulation, …). À la sortie de l’hôpital, les patients étaient simplement informés de l’importance d’une activité physique régulière et encouragés à initier eux même leur propre programme d’exercices.

Le critère de jugement principal retenu dans cette étude était le Continuous Scale Physical Functional Performance Test (PFP-10), mesuré 4 semaines après inclusion. L’évaluation était réitérée à 3 et 6 mois. La différence minimale cliniquement pertinente de ce test est comprise entre 8 et 15 points.

 

120 patients ont été inclus dans cette étude, tous indépendants au domicile avant hospitalisation. Les patients du groupe kiné intensive ont reçu en moyenne deux fois plus de séances que les patients du groupe kiné “de routine“ (12,4±6,5 vs. 6,1±3,8 ; p<0,001), et celles-ci duraient également deux fois plus longtemps (39,4±11,0 min vs. 21,8±3,5 min ; p<0,001).

 

Dans chacun des groupes, le score PFP-10 augmentait significativement entre 1 et 3 mois, et entre 3 et 6 mois, sans que la « trajectoire de progression » ne diffère entre les groupes (p=0,71). Les auteurs n’ont pas non plus mis en évidence de différence significative de ce score entre les deux groupes, à chacun des temps d’évaluation (1, 3 et 6 mois). Aucun des « sous-scores » du PFP-10 (force et souplesse des membres supérieurs et inférieurs, équilibre, coordination, endurance) ne différait significativement entre les groupes. Les tests Five Times Sit to Stend Test, Timed Up and Go Test, Berg Balance Test, et SF-36, ne différaient pas non plus de façon significative entre les groupes. Aucune différence significative n’a été observée entre les deux groupes en termes de mortalité, de durée de réanimation, et de durée de séjour hospitalier. Une analyse de sous-groupes en fonction de l’âge et des comorbidités a également été effectuée, ne montrant pas de différence significative entre les deux posologies de kinésithérapie évaluées.

 

Les auteurs concluent de cette étude que, chez cette cohorte de 120 patients hospitalisés pour détresse respiratoire aiguë, la kinésithérapie intensive n’a pas amélioré le devenir fonctionnel à long terme comparativement à une kinésithérapie “de routine“. Il est admis pour le PFP-10 qu’un score inférieur à 57 est associé à une probabilité de vivre de façon indépendante significativement réduite. À 6 mois, ce score n’était que de 39,5±3,9 dans le groupe kinésithérapie intensive, et 44,0±4,0 dans le groupe kinésithérapie “de routine“ (p=0,43). Tous les patients inclus étaient pourtant autonomes avant leur hospitalisation. Ce constat met en évidence la nécessité de proposer aux patients des programmes de réhabilitation sur le long terme. L’optimisation des soins ne semble pas nécessairement passer par une augmentation de la fréquence et de la durée des séances, mais par une évaluation individualisée du pronostic de récupération de chacun des patients, pour laquelle de futurs travaux sont nécessaires.

 

 

Travail réalisé pour la SKR par Mathieu Delorme (mathieu.delorme.pt@gmail.com) et Emilie Bialais (emilie.bialais@uclouvain.be).

 

Les auteurs ont réalisé ce travail en se basant sur le contenu original des articles.